• Bosnie-Herzégovine : décryptage d’un puzzle balkanique

    Bosnie-Herzégovine : décryptage d’un puzzle balkanique Souvent méconnue en France, la Bosnie-Herzégovine mérite pourtant que l’on s’y attarde. C’est précisément pour cette raison que j’ai entrepris la rédaction de cet article explicatif. Il faut dire qu’il n’est pas toujours simple de s’y retrouver entre les termes utilisés pour désigner la…



    Bosnie-Herzégovine : décryptage d’un puzzle balkanique

    Souvent méconnue en France, la Bosnie-Herzégovine mérite pourtant que l’on s’y attarde. C’est précisément pour cette raison que j’ai entrepris la rédaction de cet article explicatif. Il faut dire qu’il n’est pas toujours simple de s’y retrouver entre les termes utilisés pour désigner la langue, les habitants ou le pays. 

    Il m’arrive régulièrement de corriger mes proches lorsqu’ils m’interrogent sur “la Bosnie”. Or, je ne vis pas en Bosnie à proprement parler, mais en Herzégovine — une nuance qui, ici, revêt toute son importance.


    Carte de l’Herzégovine, Atlas — Bosnie-Herzégovine,
    Encyclopædia Universalis, cartes physique et administrative :

    https://www.universalis.fr/atlas/europe/bosnie-herzegovine/

    • Des terres du duc aux forêts du nord

    L’Herzégovine est une région historique et géographique située dans le sud du pays. Elle a un accès à la mer très limité, uniquement au niveau de la ville de Neum, qui vient couper le littoral croate. C’est une région montagneuse et karstique, traversée par la splendide rivière Neretva, que les Bosniens aiment qualifier de plus froide au monde. Même en plein été, elle dépasse rarement les 7 ou 8 °C. Le climat est méditerranéen : les journées d’été peuvent facilement dépasser les 40 °C. On entend les cigales partout, et ici, on apprend vite à se méfier… des fourmis ! Pour les amateurs, la région possède également une tradition ancienne de viticulture.


    Avril 2025 : vue depuis le sommet de la colline Fortica à Mostar en Herzégovine

    Son joli nom, Herzégovine, peut intriguer les plus germanophiles d’entre nous. Il vient en effet de “Herceg”, un mot dérivé de l’allemand “Herzog”, qui signifie “duc”. Ce nom fait référence au seigneur Stjepan Vukčić Kosača, dont les terres étaient appelées à l’époque les “terres du Herceg” – d’où le nom Hercegovina, devenu Herzégovine en français. Donc dorénavant, n’oubliez pas que je vis à Mostar sur les terres du duc…

    Comme vous l’aurez sans doute deviné, la Bosnie constitue l’autre grande région du pays, s’étendant sur le nord et le centre. Son nom tirerait son origine de l’hydronyme de la rivière Bosna. Elle est plus verte, plus fraîche, vallonnée et montagneuse, recouverte de forêts épaisses et sillonnée de rivières. Pour vraiment ressentir ce changement de décor, il suffit de prendre le train qui relie Mostar à Sarajevo. À travers les vitres un peu sales, on voit défiler des paysages aux couleurs éclatantes.


    Bosnie-Herzégovine : mode d’emploi politique :

    Indépendante depuis 1992, la Bosnie-Herzégovine est administrée selon les accords de Dayton, signés le 14 décembre 1995, à la fin de la guerre. À l’est et au nord du pays s’étend la République serbe de Bosnie — Republika Srpska pour les intimes. C’est une entité unitaire et centralisée, avec son propre gouvernement et ses propres institutions.

    En face, au centre et à l’ouest, on trouve la Fédération de Bosnie-Herzégovine — ou FBiH, si vous commencez à fatiguer. Une fédération dans la fédération… Vous suivez toujours ? Elle est composée de dix cantons, chacun avec son propre gouvernement et un bon degré d’autonomie. Autant dire que sur le plan administratif, c’est un vrai millefeuille.

    Et puis, tout au nord, coincé entre les deux entités, il y a le district de Brčko, au bord de la rivière Save, un affluent du Danube. Officiellement, il appartient à la fois à la RS et à la FBiH. Mais en réalité, c’est un peu comme l’enfant qui a quitté la maison : Brčko est autonome, neutre, et gère ses affaires tout seul.

    Le tout est gouverné dans le cadre d’une république parlementaire fédérale, avec une présidence collégiale composée d’un président bosniaque, d’un autre croate et, enfin, d’un serbe. La Cour constitutionnelle doit valider les décisions politiques et, parfois, c’est aussi le rôle du Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, actuellement l’Allemand Christian Schmidt, chargé de veiller au respect de l’Accord de Dayton.


    Les trois grandes entités :

    🟦 Bleu : République serbe de Bosnie (Republika Srpska)

    🟥 Rouge / Rose : Fédération de Bosnie-Herzégovine (FBiH)

    Beige : District de Brčko (Brčko distrikt)

    Un pays, plusieurs peuples :

    La Bosnie-Herzégovine compte aujourd’hui un peu plus de 3,2 millions d’habitants — soit moins que Madrid. Pourtant, dans les années 1990, on frôlait les 4,4 millions. Ce recul démographique est la conséquence directe de la guerre (1992-1995) et de l’exil massif qu’elle a provoqué. Ajoutez à cela une économie fragile, de la corruption, un chômage élevé chez les jeunes, et vous obtenez une émigration importante, notamment vers les pays germanophones comme l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse, ou encore vers les pays scandinaves.

    Au sein de ce pays, on trouve trois communautés majoritaires : 

    – les Bosniaques (musulmans, majoritaires à l’échelle nationale), 

    – les Serbes (orthodoxes, majoritaires en Republika Srpska),

    – les Croates (catholiques, surtout présents en Herzégovine occidentale).

    On compte également des communautés minoritaires, comme les Juifs ou encore les Roms.

    Pouvez-vous me dire ce mot dans votre langue ?

    Officiellement, le pays reconnaît trois langues : le bosnien, le croate et le serbe. En réalité, elles sont plus ou moins identiques, d’origine slave. Selon les régions, on y retrouve aussi des influences d’autres langues, comme le turc, l’italien ou l’allemand. Il existe quelques différences de vocabulaire, d’alphabet (latin ou cyrillique), d’usage et d’accent, qui s’apparentent davantage à des variations dialectales. Mais attention, la dénomination est capitale : vous risquez de froisser votre interlocuteur si, par exemple, vous dites à un Croate qu’il parle « Bosniaque ». Très vite, j’ai appris à devenir diplomate. Je préfère dire « la langue locale » quand je ne connais pas les sensibilités de la personne, ou encore « ta langue » pour éviter toute ambiguïté.

    À travers cet article, j’espère vous avoir aidé à assembler quelques pièces de ce puzzle balkanique. La prochaine fois que vous entendrez parler de la Bosnie-Herzégovine, vous en saurez un peu plus sur ce pays et peut-être que cela vous donnera également envie d’aller le visiter…

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  • Le pont sur la Drina d’Ivo Andrić

    Le pont sur la Drina d’Ivo Andrić Arrêt nocturne à Višegrad Dans la nuit du 5 au 6 juin 2025, alors que le bus de nuit me conduisait de Mostar à Belgrade, il s’arrêta à Višegrad. À travers la pénombre, j’apercevais de loin le pont Mehmed-Pacha Sokolović, dressé au-dessus de…

    Le pont sur la Drina d’Ivo Andrić

    Arrêt nocturne à Višegrad

    Dans la nuit du 5 au 6 juin 2025, alors que le bus de nuit me conduisait de Mostar à Belgrade, il s’arrêta à Višegrad. À travers la pénombre, j’apercevais de loin le pont Mehmed-Pacha Sokolović, dressé au-dessus de la Drina. Réalisé par l’architecte ottoman Mimar Koca Sinan à la fin du XVIᵉ siècle, ce monument est au cœur du roman Le Pont sur la Drina d’Ivo Andrić, que j’avais justement entre les mains et dont l’histoire se déploie en ces mêmes lieux.

    https://www.petitfute.com/v45985-visegrad/

    Ivo Andrić 

    Écrivain yougoslave, Andrić est né le 9 octobre 1892 dans le village de Dolac, près de Travnik, ancienne capitale ottomane de Bosnie. Issu d’une famille croate et catholique, il a grandi à Višegrad, aujourd’hui située à l’est de la République serbe de Bosnie, non loin de la frontière serbe. À l’époque, la région était sous domination austro-hongroise. Andrić s’est éteint le 13 mars 1975 à Belgrade.

    Višegrad durant la guerre 

    Plus récemment, Višegrad a été le théâtre de terribles violences pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) : des forces serbes de l’armée de la République serbe de Bosnie, ainsi que des unités paramilitaires — notamment les “Aigles blancs” (White Eagles) — ont mené un nettoyage ethnique visant la population bosniaque. Des corps ont été jetés dans la Drina, marquant à jamais la mémoire de la ville.

    Le pont : témoin immobile de l’histoire

    Le célèbre pont, pilier de pierre qui ancre le roman dans l’espace, se construit au fil des pages et, immuable, demeure le témoin silencieux des bouleversements historiques qui traversent la ville.

    À l’époque, son emplacement revêtait une importance géostratégique, reliant l’Empire ottoman (la Bosnie est conquise par les Ottomans en 1463) aux nations européennes chrétiennes. Mais Andrić lui attribue aussi une dimension symbolique : un espace où les habitants de toutes confessions se retrouvent pour échanger et se rencontrer.

    « La force des éléments et le poids du malheur partagé rapprochaient ces gens et jetaient un pont, pour un soir du moins, au-dessus de l’abîme qui séparait une communauté de l’autre. »

    À travers son récit, l’écrivain commente l’histoire tourmentée de la Bosnie :

    « Les adversaires se disputaient non seulement les femmes, les chevaux et les armes, mais aussi les chansons, qui passaient d’un camp à l’autre comme un précieux butin. »

    En ces terres disputées, la culture elle-même devient un territoire en conflit. L’héritage littéraire d’Andrić est aujourd’hui revendiqué par la Bosnie-Herzégovine, la Croatie et la Serbie, reflet des fractures identitaires de la région.

    Si l’Histoire s’agite, le pont, lui, demeure immobile — ancré dans la pierre et dans le temps —, devenant un repère pour le lecteur :

    « Tous les changements qui affectaient la ville semblaient glisser sur le pont sans l’effleurer. Le vieux pont blanc, qui avait accompli sa mission pendant trois siècles, paraissait destiné à rester immuable. »

    L’atmosphère de Višegrad enveloppe aussi les étrangers, qui finissent par s’adapter à son rythme :

    « Au début, nombre de fonctionnaires franchissaient ce pont avec angoisse, incapables de s’intégrer à la ville. Mais quelques années plus tard, ils passaient des heures avec les habitants, partageant les causeries légères et le rythme nonchalant de la vie locale, et certains s’y établissaient définitivement. »

    J’ai souri en lisant ces lignes, en repensant à mon propre chemin d’intégration à Mostar, où j’avais pris goût à ces heures passées parmi les habitants et aux brèves conversations avec les locaux croisés au hasard des rues ou des ponts.

    Une leçon intemporelle

    J’ai encore beaucoup de citations que j’aimerais évoquer, mais je terminerai cet article par celle-ci, qui me semble immortelle :

    « Chaque génération a ses illusions à propos de la civilisation : certains pensent contribuer à son essor, d’autres croire en être les témoins du déclin. En réalité, elle s’embrase, couve et s’éteint simultanément, selon le lieu et le regard porté. La génération qui discutait sur la kapia, au-dessus de l’eau, était plus riche d’illusions, mais, pour le reste, elle ressemblait à toutes les autres. »

    Conclusion

    À travers le pont, le roman et l’histoire de Višegrad, Andrić nous rappelle que les lieux peuvent devenir des témoins silencieux de la mémoire collective. Le temps passe, les hommes se succèdent, les civilisations s’embrasent et s’éteignent, mais certains monuments, comme ce pont sur la Drina, continuent d’offrir aux générations suivantes un repère, un lien entre passé et présent, et une invitation à la réflexion sur notre humanité.

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  • Critique malgré moi

    Critique malgré moi « What’s your opinion of Mostar and its inhabitants? » est souvent l’une des premières questions qu’on me pose lorsque l’on fait ma connaissance. On m’a aussi demandé si mes premières impressions du pays et de la ville correspondaient à la réalité. Avant de venir ici, je…

    Critique malgré moi

    « What’s your opinion of Mostar and its inhabitants? » est souvent l’une des premières questions qu’on me pose lorsque l’on fait ma connaissance. On m’a aussi demandé si mes premières impressions du pays et de la ville correspondaient à la réalité. Avant de venir ici, je n’avais pas d’image préconçue de la population locale. Bon j’avoue, je vous le confesse, j’avais l’image de Tito en tête, même si je n’étais pas née lorsque ce dernier a cessé de gouverner la Yougoslavie…

    Carte ancienne de la Yougoslavie représentant les costumes et les maisons traditionnels des peuples. Exposée au Musée d’Histoire de la Yougoslavie de Belgrade.

    Blague à part, j’avais rencontré quelques Bosniens, notamment à Vienne, ainsi que d’autres nationalités des pays de l’Ex-Yougoslavie, mais ces rencontres ne m’avaient guère permis de me forger une idée précise. Ce que j’avais remarqué, en revanche, c’était que les femmes, en moyenne, prêtaient une plus grande attention à leur apparence et n’hésitaient pas à utiliser abondamment du maquillage lorsqu’elles sortaient le soir… Depuis que j’habite à Mostar, j’ai pu en effet observer le soin que les femmes accordent à leur présentation. Quant aux hommes, beaucoup cultivent une image de virilité, souvent par leur stature, leur goût pour la musculation, leurs coiffures courtes et leurs tenues sombres. Mais comme on dit souvent, « l’habit ne fait pas le moine ».

    Les femmes, qui véhiculent cette image de princesse ou de femme douce à première vue, cachent bien souvent un caractère bien trempé. Elles sont travailleuses et, fait surprenant, leur voix est souvent plus grave que celle de leurs homologues françaises. Je me souviens, en parlant avec une amie française, nous avions attribué cette sonorité particulière à leur langue maternelle, mais aussi à leur consommation parfois intensive de cigarettes. D’ailleurs, ici, lorsque j’entends des conversations entre femmes ou hommes, j’ai parfois du mal à savoir s’ils se parlent normalement ou s’ils se chamaillent, car leurs intonations sont souvent plus fortes qu’en français.

    Les hommes à Mostar, qui peuvent presque intimider au premier regard par leur carrure imposante sont, paradoxalement, parfois très timides et sensibles. Je vois souvent ces grands gaillards s’occuper de leurs enfants, aller les chercher à l’école… L’un de mes professeurs de fitness, avec ses cheveux rasés et ses muscles saillants, porte un tatouage de sa petite fille sur le bras, un contraste aussi surprenant que touchant. La génération plus âgée m’a confié que la société avait évolué ces dernières années, ce qui expliquait ces nouvelles tendances.

    La mentalité ici est fascinante, mélange subtil entre la réserve typique des Slaves — qui se manifeste par une certaine retenue dans l’expression des émotions, parfois perçue comme de la dureté — et une chaleur plus méditerranéenne, qui se libère une fois la glace brisée. Je me souviens d’un atelier de conversation pendant la semaine de la Saint-Valentin : je leur avais demandé de parler d’un amour… et je me suis sentie bien seule. Personne ne souhaitait se lancer. Ils m’ont alors expliqué qu’ici ce type de sujet n’est généralement pas abordé en public par les hommes (et je précise que nous étions en petit comité).

    Beaucoup de ces hommes et femmes ont vécu les horreurs des guerres yougoslaves et ont perdu des proches. Les plus jeunes ont grandi dans l’ombre de ces traumatismes, évoqués par leurs aînés ou visibles dans le paysage : maisons en ruines, impacts de balles et traces de grenades. Pourtant, les habitants de Mostar sont d’une grande chaleur humaine et d’un altruisme remarquable. On me propose souvent de l’aide avant même que j’en fasse la demande. Les cafés sont des lieux de sociabilité essentiels, où l’on se retrouve simplement pour discuter. La générosité est une norme : avant même que je sorte mon portefeuille, on a déjà payé pour tout le monde. Ici, inviter ses amis est un geste naturel. Il faut également accepter que tout ne soit pas consigné par écrit ; bien souvent, c’est la confiance qui prévaut. Il est tout à fait possible de louer un appartement sans contrat, si ton propriétaire connaît quelqu’un de ton entourage.

    L’entraide est omniprésente, et la débrouillardise est de mise. Si tu as besoin de réparer un meuble chez toi, par exemple, tu peux demander à ton ami, qui demandera à son ami, qui a un cousin, l’homme à tout faire du coin. D’ailleurs, la famille occupe une place centrale. Les jeunes quittent souvent le foyer familial assez tard, parfois vers 30 ans ou même après, pour des raisons économiques mais aussi par tradition : s’ils ne sont pas mariés, il n’y a pas vraiment de raison de quitter le nid familial.

    Quand je réponds à leur interrogation sur ma perception de leur ville, j’essaie de rester concise, en leur disant que, j’ai été bien accueillie à Mostar et par ses habitants. On finit par s’habituer à cette petite ville, à ses rues et à ses visages. Aujourd’hui, quand je marche dans la rue, il m’arrive d’entendre des voix crier mon nom et venir me saluer — moi, la Française, qui, il y a encore quelques mois ne connaissait personne ici. Je leur dis aussi que j’apprécie le rythme plus calme de la vie, comparé à celui effervescent de la région parisienne. Et j’évite soigneusement de parler de la politique complexe de la ville ou du pays, car ils en sont parfaitement conscients et en sont, pour la plupart, les premières victimes.

    Je trouve cela intéressant et plutôt positif qu’ils prennent autant en considération l’avis d’autrui, mais cela soulève en même temps certaines interrogations. Cette curiosité semble aussi liée à l’image de la ville renvoyée par les médias étrangers : tantôt une ville analysée uniquement à travers la guerre passée, la division et la violence balkanique, tantôt un lieu touristique réduit à son vieux centre pittoresque. Mon avis devient alors un miroir externe : il leur permet de confronter cette image médiatique avec la réalité telle qu’elle est vécue par quelqu’un venant de l’extérieur. Surtout que plusieurs fois, quand je leur ai dit que j’étais Française, ils ont levé le bras en m’indiquant que ma « culture », mon pays, était là-haut, me mettant ainsi sur un piédestal. Moi qui ai le vertige, cela me met mal à l’aise. Même si je reconnais les vertus de mon pays, je ne pense nullement qu’on puisse hiérarchiser ainsi les cultures… D’autant plus lorsqu’on attribue à quelqu’un plus de valeur en fonction de son pays d’origine, alors que personne n’en est responsable. Être Française ne me confère aucun mérite en tant qu’individu.

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  • Ćejf

    Un jour, alors que je participais à un cours de français à l’Institut, un élève m’apprit un mot propre à sa culture : ćejf. Cette expression, difficilement traduisible en français, désigne le plaisir de savourer un moment : autour d’un café, d’une cigarette, en pratiquant une passion ou simplement lors…

    Un jour, alors que je participais à un cours de français à l’Institut, un élève m’apprit un mot propre à sa culture : ćejf.

    Cette expression, difficilement traduisible en français, désigne le plaisir de savourer un moment : autour d’un café, d’une cigarette, en pratiquant une passion ou simplement lors d’un instant partagé entre amis.

    Dès mes premières semaines dans ce pays, je me suis initiée à cette philosophie de vie en me rendant régulièrement dans les cafés, notamment au Fabrika Coffee, dans le vieux centre de Mostar. J’y allais le samedi après-midi ou le dimanche, lorsque je n’étais pas en randonnée. Seule, je choisissais un coin tranquille, un livre à la main, et je sirotais mon salep — une boisson chaude et veloutée à base de poudre d’orchidée sauvage — en regardant le café se remplir peu à peu à partir de 19 heures. Parfois, un serveur engageait la conversation.

    Fabrika Coffee Mostar – Specialty Coffee & Snack

    Avec les mois, mes habitudes ont évolué. Si je fréquentais les cafés seule au début, je suis désormais plus souvent accompagnée d’amis. Je vais régulièrement chez Teco, un snack-bar situé dans la partie croate de la ville, plus calme en été, où je déguste leurs smoothies originaux. Il m’arrive encore de rechercher la solitude, un livre à la main — en ce moment, Le Pont sur la Drina d’Ivo Andrić m’accompagne.

    Il y a aussi ce petit café perché près du vieux pont : Najstariji Kafić. Il sert du café bosnien, du jus de grenade et des gâteaux traditionnels. La première fois que je l’ai découvert, c’était par hasard, au détour d’une promenade dans le vieux centre. J’avais été attirée par un bâtiment surplombant la Neretva. En m’y aventurant, je suis tombée sur ce lieu animé où hommes et femmes bavardaient joyeusement. Happée par cette chaleur humaine et encouragée par les clients à m’installer, je me suis laissée convaincre. J’y ai passé un moment délicieux, ponctué d’échanges avec un couple originaire de Sarajevo qui m’a raconté des histoires sur leur pays et les lieux à visiter.

    J’y suis retournée au printemps avec mon père, venu me rendre visite à Mostar. Ce jour-là, le serveur nous confia une anecdote surprenante : l’empereur austro-hongrois François-Joseph et Sissi auraient visité ce café — et je me serais assise à la même place que cette dernière…

    Ainsi, les cafés sont de véritables lieux de sociabilité : on y discute, on y rit, on y refait le monde. La musique, toujours soigneusement choisie, accompagne les conversations. Et le soir, les bars s’animent avec des concerts live ou des quiz très populaires qui rassemblent toutes les générations.

    Seul bémol : la musique est souvent trop forte dans les bars des Balkans, et l’on y fume beaucoup. Certains établissements proposent des espaces séparés pour les non-fumeurs, mais cela reste rare. On m’a dit qu’une loi interdisant la cigarette dans les lieux publics avait enfin été adoptée… son application, en revanche, reste à confirmer.

    J’ai désormais adopté cet art de vivre qu’est le ćejf : pour moi, cela signifie être confortablement installée, prendre le temps de manger ou de boire, en compagnie d’amis ou d’un bon livre.

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  • Vivre à l’étranger

    Vivre à l’étranger “Aimer la vie est facile quand vous êtes à l’étranger. Là où personne ne vous connaît, vous tenez votre vie entre vos mains, vous êtes maître de vous-mêmes plus qu’à n’importe quel moment.” – Hannah Arendt Philosophe américaine d’origine allemande Comme des valises, les émotions, les repères,…

    Vivre à l’étranger

    “Aimer la vie est facile quand vous êtes à l’étranger. Là où personne ne vous connaît, vous tenez votre vie entre vos mains, vous êtes maître de vous-mêmes plus qu’à n’importe quel moment.” – Hannah Arendt

    Philosophe américaine d’origine allemande

    Comme des valises, les émotions, les repères, les connaissances voyagent d’un pays à l’autre.
    On change de carte SIM comme un espion change d’identité.
    On se connecte à une autre langue, un autre rythme, d’autres habitudes.
    Autre pays, autre mentalité : plus de temps pour l’introspection, moins de contraintes.

    Et puis… on rentre.
    On se reconnecte à notre vie d’avant, à nos amis, à nos anciens repères.
    On actualise notre fil d’actualités, pour ainsi dire.
    Mais parfois, en quelques mois à peine, tout a changé.
    Les évolutions sont soudaines, presque brutales.

    L’expatriation, c’est partir. C’est revenir. Et parfois, se sentir étrangère chez soi.
    À 25 ans, la vie s’accélère.
    Autour de nous, les amis s’installent, emménagent en couple, stabilisent leur situation.
    On retrouve des appartements parisiens ou de banlieue, désormais partagés avec un conjoint.
    Un jour, l’une de mes meilleures amies m’annonce ses fiançailles. Je crois à une blague.
    Et pourtant, fin juillet 2025, je signe comme témoin son acte de mariage.

    C’est là qu’on réalise à quel point notre mode de vie est particulier.
    On a toujours privilégié la liberté de mouvement, quitte à sacrifier les débuts de relations.
    Pas par rejet, mais parce qu’on nous a toujours dit qu’on avait le temps avant de se poser.
    Alors on avance, un peu ailleurs, un peu en marge, en décalage.
    On accumule les histoires d’amour avortées.
    On apprend à aimer vite et à tourner la page tout aussi rapidement.
    On s’attache fort, on se détache parfois à contre-cœur.

    Un jour, un homme m’a confié qu’il ne voulait pas garder contact avec les amis rencontrés à l’étranger.
    Sur le moment, j’ai trouvé ça dur.
    Avec le temps, j’ai compris.
    On aimerait garder des liens, mais c’est rarement simple.
    Il y a des exceptions : quand la volonté est partagée, quand la communication reste fluide, quand on parvient à se revoir, même une fois tous les deux ans.
    Parfois, étonnamment, ça suffit pour maintenir un lien.

    Et puis il y a cette distance qui se fait sentir dans les moments graves.
    Quand on apprend en dernier un événement familial important.
    Ou quand un appel nous prévient qu’un proche vit ses derniers jours, et qu’il faut rentrer, vite.
    Alors commence une course contre la montre, avec la peur de ne pas arriver à temps pour dire adieu.

    Et pourtant, malgré tout, on aime ce mode de vie.
    On aime ce dédoublement, cette forme de renaissance perpétuelle.
    On s’adapte, on se réinvente.
    On est libre d’être quelqu’un d’autre — ou simplement plus soi-même — parce que là-bas, personne ne connaît notre version française.

    Une amie du lycée, avec qui j’ai gardé un lien malgré les kilomètres, m’a dit un jour qu’elle me trouvait changée, en mieux, grâce à mes expériences à l’étranger.
    Quelqu’un d’autre, un jour, s’est étonné de ma bougeotte :
    « Tu n’aimes pas la France, pour vouloir toujours vivre ailleurs ? »
    Mais ce n’est pas ça.
    On peut aimer son pays sans vouloir y rester tout le temps.
    Moi, j’aime la France. Sa culture. Ses défauts, même.
    Et je l’aime encore plus quand j’y reviens, après plusieurs mois passés loin d’elle.

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  • Quand l’art panse les blessures de Mostar.

    Quand l’art panse les blessures de Mostar. Alors que je termine d’écrire cet article, les échos de la préparation d’un concert résonnent déjà à mes oreilles, devant le Hrvatski dom Herceg Stjepan Kosača, à Mostar. Rentrée de France la veille, je me retrouve aussitôt replongée dans l’atmosphère artistique de la…

    Quand l’art panse les blessures de Mostar.

    Alors que je termine d’écrire cet article, les échos de la préparation d’un concert résonnent déjà à mes oreilles, devant le Hrvatski dom Herceg Stjepan Kosača, à Mostar. Rentrée de France la veille, je me retrouve aussitôt replongée dans l’atmosphère artistique de la ville…

    Hrvatski dom Herceg Stjepan Kosača lors d’un concert

    Au rez-de-chaussée de la maison austro-hongroise où l’Institut français s’est installé, se trouve l’association d’art Rezon, qui organise notamment le Street Arts Festival à Mostar. Le vendredi soir, j’entends souvent de la musique s’échapper de leurs locaux, alors qu’ils préparent une soirée mêlant concerts et expositions. Cette association rassemble des jeunes issus de différentes communautés, et joue un rôle essentiel dans la vie culturelle de la ville.

    Au rez-de-chaussée, l’association d’art Rezon

    Ce dynamisme artistique prend tout son sens dans un contexte marqué par les blessures encore visibles de l’histoire récente. Les parents de ces jeunes ont souvent vécu les atrocités des guerres yougoslaves, perdu des proches, vu leur quotidien s’effondrer. Quant à la génération d’après, elle a grandi dans l’ombre de ces traumatismes : à travers les récits des aînés, mais aussi dans le paysage urbain lui-même, marqué par les maisons en ruine, les impacts de balles, les traces de grenades.

    Les ruines de l’ancien bâtiment de la Ljubljanska Banka à Mostar, jadis poste stratégique pour les snipers croates en raison de sa hauteur, sont aujourd’hui recouvertes de street art.

    Dans ce cadre, l’art agit comme un pansement pour ce paysage fracturé et ces âmes blessées. Les fresques murales et dessins qui ornent les façades abandonnées sont une manière de redonner vie à ces espaces meurtris, mais aussi de réaffirmer une présence dans un espace public laissé à l’abandon.

    Une peinture murale représente le Vieux Pont de Mostar, figuré par deux poings qui se rejoignent, symbole de force et d’unité. Juste en dessous, on peut lire : « Do your best to make corruption less » — Fais de ton mieux pour réduire la corruption.


    Si les arts visuels sont très présents, la musique, elle aussi, occupe une place centrale à Mostar… Depuis que j’y vis, je n’ai jamais autant assisté à de concerts. Entre les événements gratuits dans les parcs ou sur les places, les festivals, les concerts dans les bars… Il y a toujours quelque chose à écouter, et la qualité est souvent au rendez-vous.

    The Music Pub – Jusovina 5, Mostar

    Cette vitalité musicale est aussi liée à l’accessibilité de la formation artistique. Une élève de l’Institut m’a raconté qu’elle bénéficiait de cours de musique gratuits dans la ville. Deux écoles y jouent un rôle majeur : la Pavarotti Music Center et la Mostar Rock School. Grâce à elles, de nombreux jeunes peuvent apprendre, créer, jouer, et contribuer à faire vivre une scène musicale locale riche et diversifiée.

    Concert de la Mostar Rock School


    C’est ainsi que j’ai découvert plusieurs artistes originaires de Mostar, comme Adi Šoše (écouter), ou encore le groupe Zoster (écouter), récemment passé au Mostar Summer Fest. Le chanteur du groupe, avec son style décalé, n’hésite pas à aborder des sujets sensibles. Leur chanson “Herzegovina” évoque l’identité régionale, tandis qu’une autre traite de la période post-yougoslave, en particulier de l’appropriation des biens publics.

    Mostar Summer Fest 2025 – Sur scène, le groupe de rock-reggae alternatif Zoster

    Dans un registre plus large, le chanteur Dino Merlin reste l’une des figures emblématiques de la scène musicale bosnienne. J’écoute régulièrement sa chanson « Deset mlađa » (écouter)

    La chanson “Ostala si isti sevdah” Regarder sur YouTube du chanteur Eldin Huseinbegović, met en lumière certains aspects de la culture bosnienne traditionnelle et la nostalgie d’une Bosnie disparue. Ce morceau s’inscrit dans la tradition du sevdah, un style musical profondément émotionnel, lié à l’amour, la perte, la mélancolie, et à l’histoire du pays.

    Dans plusieurs de ces chansons, on retrouve une même sensibilité, un ton souvent mélancolique. Le chanteur Armin Muzaferija propose lui aussi une interprétation musicale émouvante de cette tradition dans sa chanson “Lasto Mala” (écouter). Le clip, où apparaissent des personnages en costumes folkloriques d’antan évoque un temps révolu, renforçant ainsi cette atmosphère nostalgique

    La richesse de la scène artistique bosnienne mériterait d’être davantage connue en France.

    Continue reading → : Quand l’art panse les blessures de Mostar.
  • Une Française à Mostar

    Dans un monde en évolution constante, l’art de forger de véritables liens reste intemporel. Que ce soit avec des collègues, des clients ou des partenaires, établir un véritable rapport ouvre la voie d’une collaboration fructueuse.

    Une Française à Mostar

    Chaque jour, j’ai la chance d’échanger avec les différentes communautés de la ville. Pour mieux comprendre le découpage religieux de Mostar, je vous invite d’ailleurs à consulter cet article : Les habitants de Mostar.

    Je vis dans un quartier bosniaque, à deux pas de la vieille ville. Certains Bosniaques vivent également dans la partie croate de la ville, plus résidentielle. C’est d’ailleurs dans ce quartier que se trouvent l’Institut Français où je travaille, mon club de sport et plusieurs bars où j’aime aller pour échapper à l’agitation du centre historique. J’ai donc aussi l’occasion de rencontrer régulièrement la communauté croate.

    Vue depuis le rooftop du bar Calamus Club : à gauche, le boulevard, ancienne ligne de démarcation pendant la guerre. En face, le chantier du théâtre national croate, source de tensions communautaires.


    Dès ma première semaine à Mostar, je me suis inscrite à une randonnée organisée par le club Hrvatsko planinarsko društvo ‘Prenj 1933’ Mostar (https://hpd-prenj1933.ba/). 

    Logo du club de randonnée croate de Mostar

    J’ai été chaleureusement accueillie par les membres du groupe, qui étaient curieux de savoir ce qui m’amenait à passer plusieurs mois dans leur ville. Ils m’ont avertie qu’ici, pour désigner les bouses de vaches sur les chemins de randonnée, ils les appelaient « landmines ». Quand on sait qu’il reste encore des vraies mines de la dernière guerre disséminées dans la nature, on comprend leur humour noir.

    Cette randonnée s’est déroulée en Croatie et la montagne sur laquelle nous marchions donnait directement sur la mer Adriatique, que je voyais pour la première fois. Cette montagne des Alpes dinariques était nommée par les locaux “Babina Gomila”, dont la traduction signifierait “le monticule/ le tas de la grand-mère”.

    Vue sur la mer Adriatique depuis la Babina Gomila

    Ce qui m’a le plus marquée lors de cette randonnée, au-delà de la beauté des paysages, a été ma rencontre avec une femme d’une quarantaine d’années, maquillée comme pour une soirée. Lorsque je lui ai fait part à la fois de mon admiration pour son maquillage et de mon étonnement, elle a éclaté de rire et m’a simplement répondu :

    « We are in the Balkans here. » Et oui, je m’en suis vite rendu compte par moi-même…

    En me promenant dans la ville le week-end, après une nouvelle randonnée dans les collines qui surplombent Mostar, j’ai remarqué que les femmes étaient toujours très soignées : bien habillées, maquillées, les ongles colorés et les cheveux impeccablement coiffés, même si elles ne faisaient que quelques courses ou allaient boire un café. À côté d’elles, moi, avec ma tenue de randonnée, mes grosses chaussures, mon bonnet sur la tête et sans maquillage, je ne passais pas inaperçue !

    En revanche, les hommes s’habillaient plutôt simplement, souvent dans des tons noirs et blancs. Mais hommes et femmes partageaient un point commun : ils étaient généralement très grands ! Je me sentais toute petite dans ce pays où il est très fréquent de croiser des femmes qui mesurent plus d’1m70…

    En ce mois de janvier, je n’avais quasiment pas croisé de Français à Mostar, à part une Franco-Suédoise venue pour un échange scolaire. La saison touristique n’ayant pas encore commencé, la ville restait encore assez paisible. Mostar accueillait néanmoins une petite communauté internationale, composée principalement de professeurs de l’United World College, d’employés de compagnies étrangères ou encore de militaires suisses de la mission de maintien de la paix de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine — EUFOR Althea.

    Je trouvais cela enrichissant d’être plongée dans un environnement dépaysant, entourée surtout de locaux, sans rester enfermée dans un cercle d’expatriés, comme c’est souvent le cas à l’étranger.

    Tel un caméléon, j’ai dû m’adapter à cette nouvelle ville, à son histoire, à ses particularités et à ses habitants. Ce séjour, lui aussi, laissera une empreinte sur ma façon de vivre et d’être.

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  • Les Mostariens

    La magie qui émerge d’une collaboration efficace est indéniable. Lorsque des esprits divers et variés convergent vers un même but, les résultats peuvent aboutir à une transformation.

    Les Mostariens

    Plusieurs communautés habitent Mostar. On y trouve en majorité des Bosniaques, qui représentent 48,4% de la population (population musulmane), et des Croates, qui constituent 44,1% (population catholique). Il y a aussi une minorité de Serbes, représentant 4,1% (population orthodoxe), ainsi que d’autres minorités. Parmi celles-ci, on compte environ 400 Roms dans la ville et une petite communauté juive qui ne dépasse pas 30 personnes. Enfin, des étrangers qui travaillent dans la ville enrichissent également ce mélange culturel.

    Symbole de la communauté bosniaque de Bosnie-Herzégovine
    Drapeau de la communauté croate de Bosnie-Herzégovine
    Cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité à Mostar
    Emplacement de l’ancienne synagogue, symbolisée par une stèle.
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  • Vivre à Mostar : au-delà des clichés…

    Les défis en entreprise sont inéluctables, mais c’est notre réaction à ces défis qui définissent notre trajectoire. Regardez au-delà de l’obstacle immédiat, au-delà se trouve un royaume d’opportunités et d’apprentissage.

    Vivre à Mostar : au-delà des clichés…

    Envoyée à Mostar, en Bosnie-Herzégovine, pour effectuer un service civique, je vais vous relater mes expériences des six derniers mois à travers une série d’articles.

    Avant d’accepter cette offre, j’avais quelques doutes, nourris par les réticences de mon entourage plus âgé, qui gardait en mémoire les images des guerres de Yougoslavie. Mais si j’ai appris une chose durant ces dernières années passées dans différents pays, c’est que la première image que l’on a d’un endroit est rarement juste.

    Mes premiers jours, au mois de janvier, ont été marqués par l’étonnement, la fatigue et le froid. Je me suis installée dans un appartement qui a probablement peu changé depuis la fin de la Yougoslavie. Son propriétaire avait déménagé aux États-Unis et c’est son frère qui me l’a loué pour me dépanner, après une demande de ma responsable. Cet appartement était déserté depuis un certain temps, comme l’indiquait la poussière qui y régnait, ainsi que le froid glacial de son intérieur. Il m’a fallu plusieurs jours pour réchauffer cet espace. La première nuit, j’ai dû dormir vêtue de mon manteau thermique d’hiver.

    À Mostar, j’ai essayé de me frayer un chemin à travers les couloirs bureaucratiques de l’administration locale. Je ne comprenais encore pas grand-chose à la langue ou à la culture dans lesquelles j’évoluais désormais. Après m’être enregistrée auprès des autorités, j’étais enfin légalement la bienvenue, même s’il me fallait encore m’occuper de mon visa pour rester plus de trois mois.

    L’esprit plus léger, je suis partie explorer la ville et ses alentours, notamment le vieux centre où trône le flamboyant Stari Most, ce qui signifie littéralement « vieux pont ». Ce pont, plus si vieux puisqu’il a été reconstruit après la guerre, est doté d’une architecture admirable. Sa courbe élégante s’élève fièrement au-dessus du fleuve de couleur turquoise, la Neretva. Ce cours d’eau est l’un des plus froids au monde et, effectivement, même quand le soleil brûle la ville, il reste glacial. La couleur de cette eau est hypnotisante et, à partir du printemps, quand la nature alentour se pare d’un vert lumineux, il ressort d’autant plus. On comprend alors pourquoi les ponts sont si importants dans ce pays : pour franchir ces nombreuses sources d’eau, mais également pour les admirer le plus souvent possible.

    Un chien errant de la ville de Mostar se promène sur le Vieux Pont…

    Les bâtiments en pierre, construits pendant l’époque ottomane, et les ruelles pavées nous ont charmés, même si je dois l’avouer, j’ai râlé assez souvent contre ces dernières, qui étaient particulièrement glissantes en temps de pluie. Dès qu’on sortait du vieux centre-ville, entièrement reconstruit, on pouvait observer les marques encore très visibles de la guerre : les impacts de balles sur les bâtiments, les traces de grenades sur le sol au niveau du « boulevard », notamment, ligne de front pendant la guerre, ou encore les maisons en partie détruites pendant la guerre puis laissées à l’abandon. Souvent, la nature avait repris ses droits et des herbes hautes, voire des arbres, poussaient au milieu des ruines.

    Une marque de grenade recouverte par une mosaïque de l’artiste français Ememem https://www.instagram.com/ememem.flacking?utm_source=ig_web_button_share_sheet&igsh=ZDNlZDc0MzIxNw==

    Ligne de front, mais aussi délimitation actuelle des deux parties de la ville, croate et bosniaque, ce boulevard était près de chez moi et je le traversais presque tous les jours pour me rendre à mon travail, qui se situait à l’entrée de la partie croate. J’ai vécu à quelques minutes à pied de la vieille ville, dans la partie bosniaque, qui est la communauté musulmane de la Bosnie-Herzégovine. Le quartier où j’habitais n’était pas très vaste, et les habitants se connaissaient entre eux, se saluaient et s’arrêtaient en pleine rue pour discuter ou même prendre un café.

    Il était alors logique qu’une étrangère soit remarquée dans cet environnement. Les habitants me prenaient certainement pour une touriste qui n’allait rester que quelques jours, avant de réaliser qu’ils me voyaient depuis bien plus longtemps…

    Vue sur le Vieux Pont, 12 mai 2025
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Je m’appelle Lisa

Ces cinq dernières années, j’ai vécu sur deux continents et dans 6 pays différents. Partie à 20 ans en 2020 en Erasmus à Vienne, j’ai continué ma route au-delà des frontières. Au cours de ces expériences de vie à l’international, j’ai noté mes impressions. J’ai aujourd’hui enfin le courage d’en exposer ici quelques-unes.

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