Bosnie-Herzégovine : décryptage d’un puzzle balkanique
Souvent méconnue en France, la Bosnie-Herzégovine mérite pourtant que l’on s’y attarde. C’est précisément pour cette raison que j’ai entrepris la rédaction de cet article explicatif. Il faut dire qu’il n’est pas toujours simple de s’y retrouver entre les termes utilisés pour désigner la langue, les habitants ou le pays.
Il m’arrive régulièrement de corriger mes proches lorsqu’ils m’interrogent sur “la Bosnie”. Or, je ne vis pas en Bosnie à proprement parler, mais en Herzégovine — une nuance qui, ici, revêt toute son importance.

- Des terres du duc aux forêts du nord :
L’Herzégovine est une région historique et géographique située dans le sud du pays. Elle a un accès à la mer très limité, uniquement au niveau de la ville de Neum, qui vient couper le littoral croate. C’est une région montagneuse et karstique, traversée par la splendide rivière Neretva, que les Bosniens aiment qualifier de plus froide au monde. Même en plein été, elle dépasse rarement les 7 ou 8 °C. Le climat est méditerranéen : les journées d’été peuvent facilement dépasser les 40 °C. On entend les cigales partout, et ici, on apprend vite à se méfier… des fourmis ! Pour les amateurs, la région possède également une tradition ancienne de viticulture.

Son joli nom, Herzégovine, peut intriguer les plus germanophiles d’entre nous. Il vient en effet de “Herceg”, un mot dérivé de l’allemand “Herzog”, qui signifie “duc”. Ce nom fait référence au seigneur Stjepan Vukčić Kosača, dont les terres étaient appelées à l’époque les “terres du Herceg” – d’où le nom Hercegovina, devenu Herzégovine en français. Donc dorénavant, n’oubliez pas que je vis à Mostar sur les terres du duc…
Comme vous l’aurez sans doute deviné, la Bosnie constitue l’autre grande région du pays, s’étendant sur le nord et le centre. Son nom tirerait son origine de l’hydronyme de la rivière Bosna. Elle est plus verte, plus fraîche, vallonnée et montagneuse, recouverte de forêts épaisses et sillonnée de rivières. Pour vraiment ressentir ce changement de décor, il suffit de prendre le train qui relie Mostar à Sarajevo. À travers les vitres un peu sales, on voit défiler des paysages aux couleurs éclatantes.
Bosnie-Herzégovine : mode d’emploi politique :
Indépendante depuis 1992, la Bosnie-Herzégovine est administrée selon les accords de Dayton, signés le 14 décembre 1995, à la fin de la guerre. À l’est et au nord du pays s’étend la République serbe de Bosnie — Republika Srpska pour les intimes. C’est une entité unitaire et centralisée, avec son propre gouvernement et ses propres institutions.
En face, au centre et à l’ouest, on trouve la Fédération de Bosnie-Herzégovine — ou FBiH, si vous commencez à fatiguer. Une fédération dans la fédération… Vous suivez toujours ? Elle est composée de dix cantons, chacun avec son propre gouvernement et un bon degré d’autonomie. Autant dire que sur le plan administratif, c’est un vrai millefeuille.
Et puis, tout au nord, coincé entre les deux entités, il y a le district de Brčko, au bord de la rivière Save, un affluent du Danube. Officiellement, il appartient à la fois à la RS et à la FBiH. Mais en réalité, c’est un peu comme l’enfant qui a quitté la maison : Brčko est autonome, neutre, et gère ses affaires tout seul.
Le tout est gouverné dans le cadre d’une république parlementaire fédérale, avec une présidence collégiale composée d’un président bosniaque, d’un autre croate et, enfin, d’un serbe. La Cour constitutionnelle doit valider les décisions politiques et, parfois, c’est aussi le rôle du Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, actuellement l’Allemand Christian Schmidt, chargé de veiller au respect de l’Accord de Dayton.

🟦 Bleu : République serbe de Bosnie (Republika Srpska)
🟥 Rouge / Rose : Fédération de Bosnie-Herzégovine (FBiH)
Beige : District de Brčko (Brčko distrikt)
Un pays, plusieurs peuples :
La Bosnie-Herzégovine compte aujourd’hui un peu plus de 3,2 millions d’habitants — soit moins que Madrid. Pourtant, dans les années 1990, on frôlait les 4,4 millions. Ce recul démographique est la conséquence directe de la guerre (1992-1995) et de l’exil massif qu’elle a provoqué. Ajoutez à cela une économie fragile, de la corruption, un chômage élevé chez les jeunes, et vous obtenez une émigration importante, notamment vers les pays germanophones comme l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse, ou encore vers les pays scandinaves.
Au sein de ce pays, on trouve trois communautés majoritaires :
– les Bosniaques (musulmans, majoritaires à l’échelle nationale),
– les Serbes (orthodoxes, majoritaires en Republika Srpska),
– les Croates (catholiques, surtout présents en Herzégovine occidentale).
On compte également des communautés minoritaires, comme les Juifs ou encore les Roms.
🟩 Vert : Municipalité à majorité Bosniaque (Bošnjaci)
🟦 Bleu : Municipalité à majorité Serbe (Srbi)
🟧 Orange : Municipalité à majorité Croate (Hrvati)
Pouvez-vous me dire ce mot dans votre langue ?
Officiellement, le pays reconnaît trois langues : le bosnien, le croate et le serbe. En réalité, elles sont plus ou moins identiques, d’origine slave. Selon les régions, on y retrouve aussi des influences d’autres langues, comme le turc, l’italien ou l’allemand. Il existe quelques différences de vocabulaire, d’alphabet (latin ou cyrillique), d’usage et d’accent, qui s’apparentent davantage à des variations dialectales. Mais attention, la dénomination est capitale : vous risquez de froisser votre interlocuteur si, par exemple, vous dites à un Croate qu’il parle « Bosniaque ». Très vite, j’ai appris à devenir diplomate. Je préfère dire « la langue locale » quand je ne connais pas les sensibilités de la personne, ou encore « ta langue » pour éviter toute ambiguïté.
À travers cet article, j’espère vous avoir aidé à assembler quelques pièces de ce puzzle balkanique. La prochaine fois que vous entendrez parler de la Bosnie-Herzégovine, vous en saurez un peu plus sur ce pays et peut-être que cela vous donnera également envie d’aller le visiter…







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