Une Française à Mostar

Une Française à Mostar

Chaque jour, j’ai la chance d’échanger avec les différentes communautés de la ville. Pour mieux comprendre le découpage religieux de Mostar, je vous invite d’ailleurs à consulter cet article : Les habitants de Mostar.

Je vis dans un quartier bosniaque, à deux pas de la vieille ville. Certains Bosniaques vivent également dans la partie croate de la ville, plus résidentielle. C’est d’ailleurs dans ce quartier que se trouvent l’Institut Français où je travaille, mon club de sport et plusieurs bars où j’aime aller pour échapper à l’agitation du centre historique. J’ai donc aussi l’occasion de rencontrer régulièrement la communauté croate.

Vue depuis le rooftop du bar Calamus Club : à gauche, le boulevard, ancienne ligne de démarcation pendant la guerre. En face, le chantier du théâtre national croate, source de tensions communautaires.


Dès ma première semaine à Mostar, je me suis inscrite à une randonnée organisée par le club Hrvatsko planinarsko društvo ‘Prenj 1933’ Mostar (https://hpd-prenj1933.ba/). 

Logo du club de randonnée croate de Mostar

J’ai été chaleureusement accueillie par les membres du groupe, qui étaient curieux de savoir ce qui m’amenait à passer plusieurs mois dans leur ville. Ils m’ont avertie qu’ici, pour désigner les bouses de vaches sur les chemins de randonnée, ils les appelaient « landmines ». Quand on sait qu’il reste encore des vraies mines de la dernière guerre disséminées dans la nature, on comprend leur humour noir.

Cette randonnée s’est déroulée en Croatie et la montagne sur laquelle nous marchions donnait directement sur la mer Adriatique, que je voyais pour la première fois. Cette montagne des Alpes dinariques était nommée par les locaux “Babina Gomila”, dont la traduction signifierait “le monticule/ le tas de la grand-mère”.

Vue sur la mer Adriatique depuis la Babina Gomila

Ce qui m’a le plus marquée lors de cette randonnée, au-delà de la beauté des paysages, a été ma rencontre avec une femme d’une quarantaine d’années, maquillée comme pour une soirée. Lorsque je lui ai fait part à la fois de mon admiration pour son maquillage et de mon étonnement, elle a éclaté de rire et m’a simplement répondu :

« We are in the Balkans here. » Et oui, je m’en suis vite rendu compte par moi-même…

En me promenant dans la ville le week-end, après une nouvelle randonnée dans les collines qui surplombent Mostar, j’ai remarqué que les femmes étaient toujours très soignées : bien habillées, maquillées, les ongles colorés et les cheveux impeccablement coiffés, même si elles ne faisaient que quelques courses ou allaient boire un café. À côté d’elles, moi, avec ma tenue de randonnée, mes grosses chaussures, mon bonnet sur la tête et sans maquillage, je ne passais pas inaperçue !

En revanche, les hommes s’habillaient plutôt simplement, souvent dans des tons noirs et blancs. Mais hommes et femmes partageaient un point commun : ils étaient généralement très grands ! Je me sentais toute petite dans ce pays où il est très fréquent de croiser des femmes qui mesurent plus d’1m70…

En ce mois de janvier, je n’avais quasiment pas croisé de Français à Mostar, à part une Franco-Suédoise venue pour un échange scolaire. La saison touristique n’ayant pas encore commencé, la ville restait encore assez paisible. Mostar accueillait néanmoins une petite communauté internationale, composée principalement de professeurs de l’United World College, d’employés de compagnies étrangères ou encore de militaires suisses de la mission de maintien de la paix de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine — EUFOR Althea.

Je trouvais cela enrichissant d’être plongée dans un environnement dépaysant, entourée surtout de locaux, sans rester enfermée dans un cercle d’expatriés, comme c’est souvent le cas à l’étranger.

Tel un caméléon, j’ai dû m’adapter à cette nouvelle ville, à son histoire, à ses particularités et à ses habitants. Ce séjour, lui aussi, laissera une empreinte sur ma façon de vivre et d’être.

Je m’appelle Lisa

Ces cinq dernières années, j’ai vécu sur deux continents et dans 6 pays différents. Partie à 20 ans en 2020 en Erasmus à Vienne, j’ai continué ma route au-delà des frontières. Au cours de ces expériences de vie à l’international, j’ai noté mes impressions. J’ai aujourd’hui enfin le courage d’en exposer ici quelques-unes.

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